Une histoire de l'informatique en Suisse

  Presse informatique    1977, l'année des grandes manoeuvres

Swift : un marché disputé

01 Informatique No. 421 (31 janvier 1977)

suite du numéro 420

Plus de quarante banques sont déjà membres de Swift-Suisse. Mais si tous les principaux établissements financiers helvétiques sont compris dans ce nombre, il est toutefois loin d'être définitif. C'est pourquoi, les constructeurs de Sids, après s'être partagés les banques de la phase I, continuent à s'affronter pour celles de la phase Il (voir 01 Hebdo n° 420).

Sur le marché global de Swift (environ 480 banques), Burroughs et General Automation sont à peu près à égalité pour la fourniture des Sids avec, respectivement, 204 et 175 banques clientes chacun. ICL vient loin derrière, avec 25 banques seulement à son actif.

Le choix du pool des banques

La répartition en Suisse est loin d'être semblable, Burroughs a fourni jusqu'à présent 26 banques, General Automation 7 et ICL 3 (voir liste en encadré).

Cette prépondérance de Burroughs trouve son origine dans la décision, prise en sa faveur, par un pool formé en 1975 par 20 banques et regroupant la majorité des banques cantonales et plusieurs banques régionales. Le choix du pool s'était toutefois porté initialement sur Singer, dont les Sids étaient, dans leur configuration minimale, plus petits, donc moins chers, que ceux de Burroughs. Ce qui convenait mieux à plusieurs banques du pool, de taille modeste.

La mise en vente par Singer de ses activités informatiques et leur rachat par ICL au printemps 1976 a entraîné une période d'incertitude au cours de laquelle le pool, craignant de ne pas être livré à temps, s'est adressé à Burroughs.

« Nous avons choisi la sécurité », déclare Helmut Käpplinger, fondé de pouvoir de l'Aargauische Hypotheken und Handelsbank et président du pool. « Burroughs est également fournisseur du système central, c'est une garantie. La troisième possibilité, General Automation, nous a paru moins sûre. Ce constructeur était, l'an dernier, confronté à des problèmes financiers ».

En réalité, le souci majeur du pool était le développement d'un logiciel d'application (Swift Application Software, SAS) complémentaire au logiciel standard des Sids.

En offrant SAS gratuitement à tous les membres du pool, Burroughs a obtenu l'adhésion en bloc des 20 banques.

Des logiciels complémentaires

Car Swift se borne à émettre et réceptionner des transactions. Chacune d'entre elles est effectuée séparément, sous forme codée. Le département étranger de chaque banque doit procéder ensuite à tout un travail complémentaire de décodage, de formatage des informations, d'émission d'avis de débit et de crédit, de comptabilisation, etc.

D'où les souhaits du pool de disposer d'un outil complet, et les efforts de Burroughs, mais aussi des autres constructeurs, pour fournir un tel outil à tous leurs clients.

SAS fait appel à plusieurs fichiers, clients principaux, banques principales, taux de changes, afin d'établir automatiquement les avis de débit et de crédit envoyés aux clients. Parallèlement, les documents nécessaires à la comptabilité sont préparés sur bande magnétique. Ce logiciel est accessible aux autres utilisateurs de Burroughs au prix de 50 000 FS.

Bien qu'évincé du pool, ICL a toutefois reconstitué à Zurich une équipe Swift qui développe aussi un logiciel pour ses 3 utilisateurs (proposé au prix de 15 000 FS). Ce produit est en passe d'être sélectionné par ICL comme « standard européen » et sera donc vraisemblablement proposé dans les autres pays membres de Swift. Il comprend un fichier clients à l'aide duquel les transactions sont décodées, puis formatées aux fins d'impression des avis. A l'instar de SAS, les documents comptables sont préparés sur bande.

Quant à General Automation, dont les soucis financiers paraissent se résorber, puisque les résultats des 2 derniers trimestres connus (d'avril à octobre 76) sont à nouveau positifs, elle va annoncer sur le marché suisse (aux environs de 20 000 FS), un logiciel complet pour l'automatisation du département étranger de la banque (Auslandszahlungsverkehr) : décomptes clients, transactions aux banques non Swift, chèques d'ordres, comptabilité interne, journal. Plusieurs banques autrichiennes et allemandes en ont déjà fait l'acquisition. Il existe, en outre, un logiciel de calcul automatique des clés télégraphiques bancaires développé par Stéria sur la gamme GA.

Les banques dont le choix n'est pas encore fait devront donc procéder non seulement à une évaluation des matériels sélectionnés mais aussi des logiciels complémentaires, en fonction de leurs besoins.

Mais la question d'actualité que se posent tous les intéressés est certainement la suivante : « Dans tout cela, qu'est-ce qui marche ? ». Les informations les plus contradictoires circulent sur le sujet. Des difficultés subsistent essentiellement au niveau des raccordements. Raccordement au niveau des concentrateurs et Burroughs, Swift et les PTT se renvoient la balle. Raccordement entre le logiciel standard et le logiciel d'application, car la connexion entre les 2, considérée par Swift comme non prioritaire, n'est pas encore faite.

Mais d'ici au Jour J du 14 mars, des miracles sont encore possibles.

Marielle Stamm

Liste des banques suisses membres de Swift par constructeur choisi

Burroughs

General Automation

ICL

Directement reliées par IBM

  Ainsi fonds, fonds, fonds... - Les banques suisses raccordées à Swift, janvier 1977