Une histoire de l'informatique en Suisse

  Presse informatique

Chapitre 4 - Traitement de textes au sommet, les ancêtres d'Internet

« Que cache l'iceberg bureautique ? » titre un supplément de l'édition suisse qui tente d'y voir clair dans ce nouveau fourre-tout où se côtoient la reprographie, l'agencement et le mobilier, la gestion des agendas et l'archivage. Au sommet de cet iceberg, trône l'incontournable traitement de textes.

Spécial traitement de texte

« Pourquoi un numéro spécial traitement de texte ? » poursuit la journaliste qui ne recense pas moins de 25 fabricants, représentés sur le marché suisse. La plupart sont américains, tel Vydec, une société du groupe Exxon qui tient le haut du pavé et propose des systèmes monopostes dédiés, avec traitement de texte sur grand écran, c'est-à-dire pleine page, au prix salé de 65 000 FS. C'est beaucoup pour ne produire que de l'écriture !

Computer Associates qui voit sans doute plus loin dans sa boule de cristal, se targue d'offrir un mini-ordinateur mono ou multiposte doté à la fois de fonctions de gestion et du traitement de textes Typerite, un produit de Jacquard Systems.

Un peu à l'écart de cette foire d'empoigne, Bobst Graphic fait son chemin aux USA (voir aussi chapitre 1). Distinction sans précédent, le Scrib, un appareil portable qui permet la rédaction et la transmission de textes, est primé à la Wescon, à Los Angeles.

Smaky 6 exposé à Genève

Dans un contexte beaucoup plus discret, de nouveaux micros font leur apparition. Un importateur suisse introduit en Europe le premier calculateur de table japonais, le Sord M200, basé sur un Zilog 80. A la seconde édition d'IMMM à Genève (voir chapitre 3), les quelque 5 000 visiteurs découvrent, pour la première fois, des micros dont le succès sera immense, tels l'Apple II et le PET de Commodore. Grande première aussi pour le Smaky 6, développé par le professeur Nicoud, qui l'expose aux côtés du Dauphin. Qui s'intéresse à ces petites machines ? L'acheteur OEM qui va surtout développer des applications d'ingénierie industrielle, mais aussi les premiers fans de l'informatique domestique, selon la terminologie des Français, qui se mettent à bidouiller dans leurs garages, ou ailleurs !

Prophéties à l'horizon 2000

Autour du traitement de textes et des micros, la disquette devient un accessoire indispensable. Reid Anderson, fondateur de la société Information Terminal et de la marque Verbatim, « parie sur les supports magnétiques souples » à qui il prédit un succès accru, dans les trente ans à venir. Pari et prophétie seront tenus.

Les prophètes de l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne vont aussi s'en donner à coeur joie, aux Journées Electroniques de l'EPFL. A l'occasion du 125e anniversaire de l'Ecole, c'est à une réflexion scientifique et humaniste qu'ils convient les participants. Le professeur Jean-Daniel Nicoud, malgré les précautions d'usage, loin de se ridiculiser, brossera sans se tromper et vingt cinq ans à l'avance, le paysage informatique, à l'horizon 2000. Il n'oubliera ni le PC portable ni l'agenda électronique. Quant au Professeur Neyrinck, il dénoncera l'intrusion insupportable des fichiers centralisés dans la sphère privée et agitera le spectre du chômage dans le secteur des services. Hélas, la suite lui donnera aussi raison.

L'informatique ne devrait-elle pas générer de nouveaux emplois ? Afin de préparer les nouvelles générations, le professeur Raymond Morel affirme que « l'informatique à l'école doit être généralisée ». L'initiative reste modeste : 24 heures d'initiation informatique obligatoire pour les élèves de maturité du Collège Calvin à Genève, où enseigne ce mordu des micros, Président du groupe de coordination informatique au Centre suisse de perfectionnement des professeurs. Bien peu, mais le ton est donné.

L'ancêtre d'Internet

C'est en Angleterre qu'est né un ancêtre d'Internet. Le terme employé Outre-Manche est Viewdata, une invention plus commerciale que technique. Il s'agit de donner à tout un chacun l'accès à des milliers d'informations stockées sur des bases de données. Le support proposé est une banale télévision. Pour sortir Viewdata de son île, les représentants de la très sérieuse Post Office de Sa Majesté, ont fait le voyage jusqu'à Zurich, avec de brillantes démonstrations dans leurs bagages. Mais la Poste helvétique, plus proche culturellement de son homonyme allemande, préférera le système germanique qui porte le nom exotique de Bildschirmtext. Et de prévoir un premier essai pilote pour 1980 ainsi qu'une introduction progressive, d'ici 1985, de ce système où télécommunications et informatique échangeront de bons services. On le rebaptisera par la suite Videotex, et nous aurons l'occasion d'en reparler.